mercredi, février 15, 2006

PINGEOT Mazarine, Bouche cousue, Julliard


En ouvrant le livre de Mazarine Pingeot, je n'avais aucune idée préconçue sur le personnage. Et j'ai tout de suite été saisie par la qualité de sa plume. Mazarine Pingeot s'adresse ici à l'enfant qu'elle porte, qu'elle attend et désire et tente pour lui de livrer une version personnelle de son histoire avec François Mitterand, père mais aussi et surtout première personnalité publique en sa qualité de chef de l'Etat.

On peut s'interroger sur la nécessité de faire publier ce témoignage et de le porter à l'appréciation de tous. N'aurait-il pas suffit qu'elle consigne cela par écrit pour elle et son enfant uniquement? Ou bien s'agit-il pour la jeune femme de rendre justice à son histoire familiale face à l'opinion des médias? On peut, en effet, trouver louable son désir de ne pas laisser prévaloir son statut de fille cachée du Président de la République au moment où elle s'apprête elle-même à donner la vie. Il est juste de vouloir léguer à son enfant une histoire familiale sur laquelle ne pèse ni le regard des journalistes, ni le poids des enjeux politiques mais juste celui d'une fille envers son père parti trop tôt, un père qui ne connaitra jamais ses petits-enfants, un père avec qui elle n'aura pas eu le temps de partager la joie de ses réussites aux concours (de l'ENS puis de l'agrégation de philosophie). C'est un récit particulièrement touchant que nous livre Mazarine Pingeot, qui évoque ses souvenirs de petite fille, puis d'adolescente. Qu'elle agace, indiffère ou intrigue la fille de François Mitterand nous émeut grâce à un style travaillé et fluide à la fois. On se laisse facilement gagner à la cause de cette jeune femme dont l'enfance fut si particulière, cachée, protégée, surveillée puis jugée lorsque la vérité sur son existence éclata dans la presse. Il n'est pas exagéré de dire qu'elle fut souvent dépossédée de son intimité. Il faut avoir vu le trés bon reportage qui lui fut consacrée sur France Télévision pour prendre la mesure de ce qu'elle a vécu. Qu'elle que soit notre opinion à son sujet, on imagine sans mal sa douleur et son indignation, lorsqu'elle est traquée par les photographes alors qu'elle vient se recueillir sur la tombe de son père.

Voilà une lecture que je ne vous conseille pas absolument mais qui vaut la peine qu'on s'y arrête. Encore une fois, on peut sans problème critiquer cette mise à nu de la vie privée (comme il en fleuri tant sur les tables des libraires et dans les catalogues des éditeurs ces derniers temps) et soulever la question de l'intérêt financier et publicitaire pour Mazarine Pingeot de publier un tel ouvrage. Mais il reste néanmoins que pour se faire une opinion, il faut d'abord l'avoir lu.

PINGEOT Mazarine, Bouche cousue, Julliard, 18 euros.

2 commentaires:

Agapanthe a dit…

Je n'ai pas été touchée par son livre, j'ai eu l'impression d'une répétition sans fin de deux thèmes "Avoir un père connu" et "vivre dans le secret". En lisant ce livre, j'ai l'impression d'avoir voulu satisfaire une curiosité mal placée, et j'ai eu ce que je méritais : pas grand-chose.

Isabelle AUREAU a dit…

Je comprends tout à fait ton point de vue. On se sent un peu voyeur en lisant le récit de Mazarine Pingeot. Néanmoins, je n'ai pu m'empêcher d'éprouver un peu de pitié en pensant à cette enfant qui n'a jamais pu avoir de relations normales avec son père et à ce bébé qui sera sûrement marqué par l'ombre d'un grand-père qu'il ne connaitra jamais mais dont on ne manquera sans doute pas de lui parler.